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  • : Association des Plaisanciers de Port-Dielette
  • Association des Plaisanciers de Port-Dielette
  • : Favoriser, soutenir ou initialiser toute action visant à : La défense de la liberté de l'usage de la mer et notamment de la pêche de plaisance sans aucun but lucratif. La Sauvegarde et la Protection de la faune, de la flore et du littoral et le Respect de l'environnement et du cadre de vie. Le Développement des qualités morales et de Solidarité entre gens de mer.

Histoire de la mer

Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 10:30

 

 

 

 

                              "Ce qui relègue ce métier de la grande pêche - au dire des marins eux-mêmes - au rang de "dernier des métiers", c'est sa charpente, sa constitution même, tel qu'il est compris, c'est-à-dire le travail et les conditions dans lesquelles il s'accomplit.


                              Ici, il n'est pas question de journées de huit heures. La loi du travail sur les Bancs, c'est le maximum de rendement pendant le maximum de temps! Une féroce émulation dresse l'amour-propre d'un doris contre l'amour-propre d'un autre doris, l'amour-propre d'un navire contre l'amour-propre d'un autre navire. C'est à qui pêchera le plus, c'est à qui "débanquera" le premier.

 

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                              Sur le voilier, arrivé à bord, il ne faut pas songer au repos. La morue, il faut la préparer, il faut l'ébréguer (la dépouiller de ses entrailles), il faut la décoller (lui couper la tête), il faut la trancher (lui enlever la colonne vertébrale), il faut l'énocter (lui vider ses deux poches de sang), il faut la laver, il faut l'empiler, il faut la saler. Les lignes, il faut les boëtter (amorcer). Il est difficile de se faire une idée de la somme de travail que représente ce boëttage des lignes. Se battre pendant sept ou huit heures contre une manne de lignes embrouillées, un inextricable fagot d'hameçons semblables à des ronces et à des épines d'acier, qu'il faut démêler, dénouer, réparer et boëtter. Et ce travail se fait à moitié plié en deux. Aussi, pendant ces longues heures, on voit des pauvres malheureux se relever, se redresser de temps en temps, placer les mains sur les hanches et lancer le torse en arrière pour soulager leurs reins endoloris. Et pendant la première pêche, alors que souffle la bise ou que tombent les bruines glaciales, la neige, plus d'un s'arrête pour souffler dans ses mains engourdies, gercées, crevassées, grignotées par la chair salée ou déchirées par les écailles tranchantes des bulots, ou pour frotter ses poignets dévorés par les démangeaisons  des "petits choux" des bancs (excroissances d'origine microbienne). Et, les lignes boëttées, il faut aller le soir à la nuit tombante, les poser, les larguer à deux ou trois miles.


                              Il n'y a pas d'heure pour les repas. Les hommes mangent quand ils peuvent, entre deux tournées, au milieu du nettoyage du poisson ou en boëttant leurs lignes.

 

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                              Il n'y a pas d'heure pour le repos. Aucune considération ne tient devant ces deux faits: la piaule (banc de morue) passe, le poisson donne: il faut le saisir. Le travail n'est même pas limité par les forces humaines, mais uniquement par l'impossibilité de travailler. Sur les bancs, l'ordinaire du travail c'est dix-huit heures d'affilée.

 
                              Et le sort des équipages des chalutiers n'est pas plus enviable. Le chalutier libère le marin du travail de boëttage des lignes, du halage et des dangers des doris; mais, loin d'alléger son sort, il ne fait que l'accabler. A Terre-Neuve, la machine n'est pas le serviteur de l'homme: c'est l'homme qui est l'esclave de la machine. La machine peut travailler nuit et jour, l'homme travaillera nuit et jour. Ce sont les travaux forcés sans discontinuité tant que le poisson donne; et l'abondance du poisson est parfois telle qu'elle ne laisse aux hommes que sept heures de repos par trois jours. Aussi n'est-il pas rare qu'ils titubent de fatigue et de sommeil. Et dire que, sur certains chalutiers, l'équipage comprend une vingtaine de jeunes de moins de vingt ans! Pauvres enfants!

 

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                              Car, il faut bien le préciser, le calendrier des Terre-Neuvas n'est pas réglé par le soleil. L'aurore et le crépuscule, le jour et la nuit sont biffés du calendrier; il ne comporte ni fête, ni dimanche, ni repos hebdomadaire. Tous ces mots donnent la cadence à la vie normale, mais tous ces mots n'ont aucun sens pour les Terre-Neuvas; leur vie ne comporte qu'un seul mot: Morue-Morue-Morue! La loi des Bancs est unique:" La morue donne! Marche ou crève!" Aucune loi divine ni aucune loi humaine ne tient devant cette loi. La morue est le dictateur le plus volontaire, le plus absolu et le plus tyrannique que l'on puisse imaginer. 
Les forces humaines? Elle n'en a cure. Sur les voiliers à Terre-Neuve, elle se bute à l'impossibilité de travailler la nuit, mais au Groenland, elle prend sa revanche. Le jour perpétuel, en juin, juillet, août et septembre, lui permet de donner libre cours à sa sauvagerie, et je l'ai vue condamner les hommes aux travaux forcés de vingt heures par jour, pendant soixante-deux jours consécutifs.


                              Sur les chalutiers, la science s'est faite la complice de la férocité sauvage de sa Majesté la Morue. Le progrès doit être le serviteur de l'homme, mais l'âpreté au gain des armateurs a fait du Terre-Neuva l'esclave du progrès au service de la morue..."
                              Le Grand Métier de Jean Recher

 

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                              Terre-Neuve, les petitesses du grand métier



                              On le sait, la pêche à Terre-Neuve n’a jamais été une sinécure. Métier terrible, insalubre, dangereux, mais aussi métier d’esclaves, où les armateurs tenaient d’une poigne de fer les malheureux équipages. Témoins ces quelques obligations (il y en a 21 au total) figurant au contrat des matelots de la Thémis, armée en 1770 par la demoiselle Péronnelle Richard de Binic (22).
- Si des marins étaient arrêtés par la maréchaussée avant le départ, ils devraient rendre leurs avances (denier à Dieu). Les héritiers de ceux qui mourront pendant le voyage ne pourront prétendre à rien.
– Pendant que le navire sera en rade, ils feront le quart par tiers, jour et nuit. Leur seul salaire durant cette période sera leur nourriture.
– Le navire, paré à faire voile, les engagés se rendront à bord sous peine d’être traités comme déserteurs, de restituer leurs avances et de supporter toutes les conséquences.
– Le navire sous voiles, les salaires ne seront acquis que lorsqu’il sera avancé au-delà de l’île de Bréhat. Les engagés ne pourront en aucun cas abandonner le navire jusqu’à l’achèvement du voyage, sous peine d’être traités comme déserteurs.
– Il est défendu de jurer, ni blasphémer le saint nom de Dieu, de se mutiner, de se quereller, sous peine de punition exemplaire suivant l’ordonnance en vigueur.
– Le capitaine, les officiers et les matelots qui l’auront mérité bénéficieront de « la part de pêche ». Elle représente le 1/5ᵉ du produit net de la vente du poisson. La part de pêche sera répartie entre toutes les têtes (méritantes) de l’équipage.
– Toute perte de matériel (doris, approvisionnements, outils, sel, etc.), qui interviendrait avant ou pendant la pêche, sera déduite de la part de pêche.
– Quitter la pêche au cours du voyage ou se débiner pendant le déchargement implique la restitution des avances, la perte de la part, le remboursement du manque à gagner dû à leur défection, le paiement de dommages et intérêts. Les coupables subiront, en outre, les rigueurs de l’ordonnance qui sanctionne ce genre de faits.
- En cas d’insolvabilité, tout l’équipage assumera solidairement…
Cela en dit long sur la condition du petit peuple, contraint d’accepter ça pour survivre.
• Source : Archives départementales des Côtes d’Armor (22).

 

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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 20:30

 

 

 

 

                              Terre-Neuve, c’est un mot qui évoque la Grande Pêche qui, de 1508 aux années 1970, vit tant de navires et de marins partir pour de longues et périlleuses campagnes de pêche dont tous ne revenaient pas. Immortalisée par Théodore Botrel auteur de la célèbre chanson « La Paimpolaise », la pêche à la morue est devenue dans la mémoire collective une pêche mythique et d’autant plus qu’elle a complètement disparue du fait de l‘arrêt de la pêche décidée par le gouvernement canadien. Elle est restée vivante par le souvenir des terre-neuvas.

                              La pêche à la morue dans les Grands Bancs de Terre-Neuve, existait certainement avant que Cabot ne découvre cette île en 1497.  Toujours est-il qu’en 1509, les premières morues salées de Terre-Neuve arrivaient dans un port breton de Dahouët, près de St Brieuc.

 

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                              C’est le début d’une grande aventure,  chaque année, dès le XVIème siècle, des centaines de bateaux provenant de tout l’Atlantique sud, d’Angleterre, de France, d’Espagne et du Portugal furent armés pour aller pêcher la morue sur les Grands Bancs de Terre-Neuve.

 
 

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                              Au XVIème siècle, Les armateurs malouins et granvillais armaient plus de cent navires pour partir pêcher sur les bancs de Terre-Neuve pour les campagnes d'été. C'étaient 5000 marins qui vivaient de la pêche et travaillaient 16 à 18 h par jour. Les navires malouins livraient tous les ports jusqu'à Marseille qui était alors "le" port de la morue.  A la fin du XVIIème siècle, on pouvait y compter jusqu’à 20 000 pêcheurs. Tous les ports de France de Dunkerque à St Jean de Luz armaient à la morue, au XIXème siècle, Dunkerque était le premier port morutier devant Fécamp, puis jusqu'en 1935, les grands ports d'attache pour les morutiers étaient Fécamp, St Malo et Bordeaux.
Sur les Grands Bancs, la pêche était praticable toute l’année, si bien qu’il était possible de faire deux campagnes de pêche par an. Sur l’île de Terre-Neuve, on ne pêchait que durant les trois à quatre mois d’été.  
 

 

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                              Quand la France a pris possession de Terre-Neuve, elle y installa des pêcheurs qui y firent souche. Se faisant paysans durant les périodes d’inactivités, ils cultivèrent et élevèrent ce qui était nécessaire à leur survie. Beaucoup de marins ne s’y installaient que durant la période de pêche et construisaient des habitations et des ateliers de salage et séchage.

 

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                              Une industrie des pêches très "politique"

                              C'est vers 1660 que les premiers colons français s'installèrent à Plaisance, sur la côte sud-est de Terre-Neuve. En 1713, le traité d'Utrecht fit perdre à la France ses positions sur l'île de Terre-Neuve, dont Plaisance. La perte de ces colonies amena le Royaume à exploiter l'Isle Royale et l'Isle Saint-Jean. Le traité accorda néanmoins un droit de pêche exclusif et de sècherie sur une partie des côtes est et ouest de l'île de Terre-Neuve, à condition que les pêcheurs français n'y aient pas d'établissements permanents et quittent ces rivages à la fin de la saison de pêche. Ces limites du "French Shore" furent modifiées par le traité de Versailles en 1783. En 1784, l'instauration des premières primes par homme d'équipage embarqué pour cette grande pêche devait bénéficier aux armateurs et ce jusqu'au 19ème siècle. Cette industrie était aussi pourvoyeuse de matelots pour la Royale. Ces expéditions de pêche lointaine continuèrent d'être encouragées par l'Etat en 1851 puis en 1911 et enfin en 1932, sous la pression des armateurs, pour la prime à l'exportation accordée aux produits de la grande pêche.      

 

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                              Cependant, les ports de Paimpol à la baie de Saint-Brieuc ne surent pas profiter de cette industrie de la grande pêche pour moderniser suffisamment leurs équipements portuaires et créer une véritable filière locale de transformation du poisson, en laissant la place aux ports du sud de la Loire ou de Méditerranée (sècheries à morues de Bordeaux, Bègles et Marseille).
En 1907, Bègles recevait 70% de la production de pêche.
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                              La pêche errante

                              La pêche errante sur le Grand Banc était pratiquée depuis le 16ème siècle par les équipages, au large de Terre-neuve, avec un équipage de marins expérimentés, aptes à traiter la morue verte à bord pour le salage et la conservation. Cette pêche s'effectuait du bord à la ligne à main depuis un ½ tonneau placé derrière le bastingage, puis à bord de chaloupes dés 1780, avec une nouvelle méthode de pêche plus productive, à l'aide des harouelles ou lignes flottantes. Ces lignes sont armées de centaines d'hameçons, formant un tentis ou tessure, mouillé sur ancres en fin de journée et relevé le matin. Les doris, embarcation d'origine américaine (les "warys") ou basque (les chaloupes pointues) vont progressivement remplacer les fortes chaloupes sur les bancs à partir des années 1880-1885, embarqués sur les trois-mâts goélettes, empilés entre le pont et le mât d'artimon.

 

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                              La saison de la pêche à Terre-Neuve

                              Durant l’été, l’activité ne cessait jamais sur l’île de Terre-Neuve. Levés avec le soleil, les marins partaient sur des chaloupes pêcher la morue. Ils ramaient jusqu’à la zone de pêche et lançaient leurs lignes. Le bateau se remplissait de poissons tout au long de la journée et le soir ils revenaient vers la terre où ils débarquaient leurs prises. Et tous les jours où il était possible de sortir en mer, ce même travail recommençait. C’était un travail très dur et dangereux, le brouillard pouvait se lever très rapidement et la tempête pouvais arriver inopinément,  nombreuses furent les chaloupes qui ne rejoignaient jamais la côte.
                              Quand les pêcheurs étaient en mer, le travail n’arrêtait pas sur l’île. C’était un travail très bien organisé et chacun avait une tâche bien précise à faire. Car il fallait aller vite et saler le plus vite possible le poisson. Les premiers à l’œuvre étaient les décolleurs, ainsi nommés car ils coupaient les têtes des morues. Ensuite les trancheurs entraient en action, ils éventraient, vidaient, détachaient les arêtes et ouvraient les morues en deux  et les aplatissaient afin qu’elles soient prêtes pour le salage. Elles étaient lavées et vidées complètement de leur sang. Ensuite les saleurs les recouvraient de sel et les sécheurs les étendaient sur des claies, appelées échafaudages,  au soleil sur les grèves. Les foies étaient mis de côté et traités par macération pour en extraire l’huile de foie, très recherchée car riche en iode. Les langues et les joues étaient cuisinées sur place, c’étaient des mets de choix qui faisaient le régal des populations locales.

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                              La pêche sur les Grands Bancs

                              Les Grands Bancs sont situés à 500 kilomètres à l’est de Terre-Neuve. La pêche sur les Grands Bancs ne connaissait pas de saison. Les bateaux venus d’Europe, du Canada ou de la côte est de l’Amérique du nord croisaient sur les grands bancs deux fois par an. On ne pêchait pas directement à partir des morutiers mais sur des chaloupes et plus tard des doris qui étaient mis à la mer chaque matin, des doris qu'on appelait des barques-suicides. Deux pêcheurs embarquaient dans chaque chaloupe et toute la journée, ils pêchaient à la ligne en appâtant avec des bulots et relevaient les lignes qu’ils avaient posées la veille et qui étaient fixées à des bouées sur lesquelles nom du doris était marqué. Quand la chaloupe était pleine de morues, ils revenaient jusqu’au bateaux, piquaient les morues et les lançaient sur le bateau. Et ils repartaient pour ne revenir se reposer qu’à la nuit. Les journées étaient longues, très longues surtout quand le froid et le vent gelaient les hommes. De plus de nombreux dangers les menaçaient. Outre les brouillards et les tempêtes que nous avons déjà évoqués, les chaloupes risquaient de rencontrer des icebergs et des baleines ou de se renverser et de couler quand elles étaient trop remplies de morues. Les pêcheurs étaient payés en fonction de leur pêche et ils prenaient le risque de remplir le plus possible leurs embarcations pour ne pas faire trop de voyage vers le morutier et ainsi ne pas perdre de temps. Mais une frêle chaloupe trop remplie prise dans la tempête courait encore plus le risque de se renverser et de couler.

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                             Et dans la brume et la tempête, même si la cloche de  bord sonnait sans cesse pour guider les chaloupes rendues aveugles, nombreuses étaient celles qui s’égaraient définitivement dans la mer glacée. Plus tard, les marins eurent des alliés très précieux, les terre-neuve, chiens au flair remarquable et au courage incroyable qui ramenaient les chaloupes ou les pêcheurs tombés à l’eau vers le navire-mère.Sur les bateaux travaillaient les marins et les mousses dont certains étaient à peine âgé de douze ans.

 

 

 


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Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 07:00

 

 

 

 

                              On ne sait pas très bien si c’est par la suite de guerres ou de révolutions, ou bien jetés par des tempêtes, ou encore en vue de faire la pêche, que les normands découvrirent, vers la fin du IXème siècle, l’île de Terre-Neuve et le Grand Banc. Il est certain que les histoires d’Islande du Xème siècle mentionnent le Groënland, le Helluland, le Markland et le Vinland.

                              La correspondance précise de ces trois dernières régions fait encore l’objet de contestations historiques. Il semble que le Helluland soit le Labrador ; le Markland, Terre-Neuve, et le Vinland la région du cap Cod. Mais cela n’est pas absolument démontré. Du reste les capitaines des drakars normands se souciaient peu des coordonnées géographiques des régions qu’ils découvraient, du moment qu’ils en avaient tiré un profit suffisant. Aussi oublièrent-ils, au cours de leurs randonnées vers les territoires riches de l’ancien Empire de Charlemagne, le chemin du Nouveau-Monde qu’ils avaient inconsciemment découvert.

 

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                              Au XIIème siècle les basques, qui gardaient encore de leur ancêtres, les Atlantes, de grandes traditions maritimes, traversèrent l’Atlantique à la poursuite des baleines et ils redécouvrirent à nouveau le Grand Banc, comme un remarquable fond de pêche ; puis Terre-Neuve, vers le XIVème siècle, qu’ils appelèrent « Terra-Bacalaos », c'est-à-dire le pays des morues. Ils peuplèrent l’île de Cap-Breton en Nouvelle-Ecosse et firent leurs établissements à la « Pointe aux Basques » au sud-ouest de Terre-Neuve. Les Bretons et les Normands les rejoignirent vers le XVème siècle et quand la grande tempête détruisit au sud de Groix la flotille qui pêchait le merlu, les bateaux qui la remplacèrent prirent à leur tour le chemin du Banc.

                              Ainsi en 1497, Cabot ne fit qu’enregistrer les découvertes antérieures.

 

 

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                              J’ai cru qu’il était intéressant de rappeler ces choses, car elles font la grandeur de l’histoire de la pêche ; elles montrent que la poursuite du poisson a formé des hommes capables de faire sans boussole, dans le froid et la rudesse des mers septentrionales, une découverte aussi importante et antérieure de cinq siècles à celle que fit Colomb dans les eaux calmes des tropiques, avec un outillage bien meilleur.

 

 

 

 

                              Les Français à Terre-Neuve

                              Même si Terre-Neuve est régulièrement décrite comme « la plus ancienne colonie britannique », une prétention fondée sur le voyage de Cabot en 1497 et la prise de possession par Sir Humphrey Gilbert en 1583, il n'en demeure pas moins que la France, dès le tout début, a été un participant de premier plan à l'exploration et à la mise en valeur de Terre-Neuve. Lorsque l'explorateur français Jacques Cartier est arrivé en vue de Terre-Neuve en 1534, les pêcheurs bretons, normands et basques y pratiquaient la pêche depuis plus de trente ans.

 

 

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                              Au début, les Français pêchaient près de la côte dans des barques découvertes. La morue était soit traitée en saumure (morue verte), la méthode préférée des marchés du nord de la France, soit séchée et salée, au goût des marchés du sud. Ensuite, vers le milieu du XVe siècle, les Français se sont mis à fréquenter les bancs du large, et ont continué d'y pêcher jusque vers la fin au XIXe siècle, transformant leurs prises des deux façons décrites ci-dessus pour satisfaire leur marché local et le marché international. Cette volonté de répondre aux préférences distinctes des marchés et des consommateurs explique la longévité de l'industrie de pêche française à Terre-Neuve.

                              On trouvait des pêcheurs français un peu partout à Terre-Neuve, notamment dans la moitié sud de l'île, du cap Race vers l'ouest jusqu'au delà de la baie de Plaisance; le gouvernement français allait éventuellement établir une colonie à Plaisance en 1662; à ce moment, il y avait déjà toutes sortes de petits villages depuis la baie de Plaisance et les minuscules îles de Saint-Pierre et Miquelon et, au delà de la péninsule de Burin, jusque sur les rives des baies de Fortune et Hermitage. Les Français s'étaient aussi établis au nord de Bonavista, et en particulier sur la côte de la péninsule Northern, qu'ils appelaient le « Petit Nord ».    Enfin, les Basques s'étaient constitués une chasse gardée dans une troisième région, la côte ouest de Terre-Neuve. En termes concrets, on peut donc dire que Terre-Neuve au XVIIe siècle était plus française qu'anglaise. À l'apogée de leur présence, entre 1678 et 1688, les Français consacraient à la pêche quelque 20 000 personnes (environ le quart de tous les marins du pays) et 300 navires, ce qui représentait en gros le double de l'effort des Anglais. Pourtant, au milieu du siècle suivant, les colonies françaises de Terre-Neuve avaient disparu, les pêcheurs français étaient confinés à certaines parties de la côte et les Anglais exerçaient un contrôle incontesté sur l'île. Que s'était-il passé?

 

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                              En général, les pêcheurs français et anglais s'étaient côtoyés sans conflit majeur au cours du XVIIe siècle. Par contre, entre les deux mères patries, des motifs de désaccord étaient apparus et avaient commencé à se transporter à Terre-Neuve. La campagne hivernale de Pierre Le Moyne d'Iberville en 1696-1697, qui a entraîné la destruction de la presque totalité des villages anglais à Terre-Neuve, en a été la manifestation la plus sensationnelle. Avec le temps, à cause de victoires militaires et stratégiques ailleurs en Amérique du Nord et dans le monde, les Français ont accepté de reconnaître la souveraineté britannique sur Terre-Neuve. En signant le traité d'Utrecht en 1713, ils abandonnaient leurs colonies à Terre-Neuve, y compris Plaisance et les îles de Saint-Pierre et de Miquelon; ils retenaient toutefois le droit de pêcher le long d'un secteur de la côte allant du cap Bonavista vers le nord jusqu'à la péninsule Northern, puis jusqu'à la pointe Riche sur la côte ouest. S'il ne leur est pas permis de s'établir sur ce « French Shore », ils peuvent quand même y sauvegarder les avantages économiques de la pêche à Terre-Neuve, soit l'emploi et le commerce, ainsi que son rôle stratégique de formation de marins chevronnés, fondement de la puissance navale de la France. Pour la France, la préservation de son droit de pêche à Terre-Neuve est si importante qu'en 1762, durant la Guerre de Sept ans, malgré une série de cuisantes défaites, elle insistera pour poursuivre une guerre qu'elle sait perdue plutôt que d'accepter des conditions de paix qui y auraient mis un terme. Cette importance est aussi reflétée par la manière dont les Français ont continué de diriger leurs incursions militaires contre Terre-Neuve en 1762 et en 1796, et ont menacé de les reprendre durant la guerre de l'Indépendance américaine. Si aucun de ses efforts n'a connu grand succès, la France a quand même réussi à faire reconnaître ses privilèges sur le French Shore, conservant le droit de pêcher non seulement à partir de Saint-Pierre, mais aussi le long de vastes secteurs de la côte de Terre-Neuve.

 

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                             En 1783, le French Shore allait connaître une révision importante. L'expansion des colonies anglaises dans la baie de Notre-Dame étant devenue source de friction avec les pêcheurs français, l'Angleterre et la France ont convenu de déplacer vers l'ouest les limites du French Shore : de 1783 à 1904, le French Shore s'étendra du cap St. John vers l'ouest, encerclant la péninsule Northern vers le sud jusqu'au cap Ray. Plus tôt, en 1763, la France avait repris le contrôle de l'archipel de Saint-Pierre et Miquelon.                                   Ces îles allaient devenir la base des activités de pêche de la France sur les bancs, et donner lieu en même temps à une industrie locale de la morue séchée; quant au French Shore, il permettra surtout aux pêcheurs français saisonniers de produire de la morue salée pour le marché international. C'est ainsi que la présence française à Terre-Neuve est restée constante, bien qu'un peu limitée, jusqu'au début du siècle actuel. Les Français de Saint-Pierre et Miquelon, tant les résidants des îles que les pêcheurs qui y passaient l'été, ont créé de solides associations commerciales et culturelles avec les résidants de la péninsule de Burin et de la côte sud de Terre-Neuve. Entre eux, le commerce des appâts connaîtra une grande importance au XIXe siècle. De la même façon, sur le French Shore, des interactions se tissaient entre les pêcheurs français saisonniers et une population résidante en pleine expansion. Même si les traités associés au French Shore interdisent tout commerce entre les Français et les gens de la côte, les commerçants français auront régulièrement fourni provisions et engins de pêche aux colons, en échange de bois de construction et d'appâts.

 

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                              Malgré tout, la présence des Français au large du French Shore allait connaître une forte diminution au XIXe siècle. Alors qu'on y avait recensé plus de 9 000 pêcheurs saisonniers dans les années 1820, il n'en restait plus que 133 en 1898. Le Gouvernement français était donc prêt à mettre un terme à ses privilèges de pêche sur le French Shore lorsque le moment est venu, en 1904, de régler par la voie diplomatique, divers litiges qui opposaient encore la France et l'Angleterre un peu partout dans le monde. La France a quand même continué de pêcher à partir de Saint-Pierre, et les chalutiers de ses ports comme Saint-Malo de s'y ravitailler pour pêcher sur les bancs de Terre-Neuve. Vu la proximité de Saint-Pierre et Miquelon et de Terre-Neuve, la délimitation des eaux territoriales de la France et de Terre-Neuve a donné lieu à quelques vives discussions au cours du XXe siècle.                                     Une entente conclue en 1972 a paru résoudre le conflit, mais celui-ci a ressurgi lorsque la France et le Canada ont commencé à exercer une juridiction jusqu'à la limite des 200 milles marins. Finalement, en 1992, les deux pays en sont arrivés à un partage mutuellement acceptable. C'est ainsi que les Français, après avoir pêché dans les eaux terre-neuviennes depuis le XVe siècle, ont pu continuer jusqu'à nos jours de jouer un rôle important dans l'histoire et les affaires de Terre-Neuve.

 

 

 


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