Le président Sarkozy annonce une réforme des poissons d’avril.
Chacun
connaît la volonté de réforme qui anime notre président, mais aussi la précipitation avec laquelle sont parfois préparés des textes de loi mal ficelés, vite désavoués devant la grogne sociale.
Nombre de ces projets furent retirés avant même leur présentation au parlement. Qu’en sera-t-il de cette énième réforme, il est trop tôt pour le dire.
Pourquoi
une telle réforme, qui peut sembler futile en cette période de crise financière et de licenciements en série ?
Une étude parue dans la revue « Nature et sciences » a montré que les poissons d’avril perturbaient beaucoup les personnes âgées, qui ne parvenaient pas toujours à
distinguer les fausses nouvelles des vraies.
De
plus, sur une étude de cohorte des admissions aux urgences, il a été confirmé un pic d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux le premier avril, surtout en fin de matinée et en
soirée.
Le
lien de cause à effet semble établi : ces deux pics de fréquence correspondent à la lecture des quotidiens du matin et aux nouvelles télévisées du vingt heures. Les malentendants, qui
s’informent plutôt par les journaux, ont davantage d’accidents le matin, tandis que les malvoyants écoutent la télévision. Des études plus fines sont en cours pour préciser le rôle de la
radio.
Cette
surprenante découverte, confirmée par d’autres pays depuis la parution de cet article, pourrait valoir un prix au professeur Salmon Fish, car il serait alors facile d’éviter de nombreux accidents
cardiaques et neurovasculaires en interdisant les poissons d’avril.
Selon la gauche, le président craindrait en fait les moqueries éventuelles et ne s’attaquerait aux poissons d’avril que pour des raisons personnelles.
Il est rappelé sa fâcheuse tendance à se montrer rancunier envers le corps préfectoral dès qu’un déplacement
en province donne lieu à des manifestations hostiles, et qu’il a critiqué le billet humoristique de Stéphane Guillon contre Dominique Strauss-Kahn, sur France Inter.
Comme
l’a dit un élu marseillais : « Les poissons d’avril, oui, mais sans les arêtes ! »
Selon un député de la majorité, la gauche, en accusant à demi-mot le président de lâcheté est à la limite de
l’outrage au chef de l’Etat.
Rappelons que le poisson d’avril est une tradition très ancienne, qui remonterait, selon certains
théologiens, à Adam et Eve. Celle-ci aurait dit à Adam :
-
Comment ? Je te demande un steak de mammouth, et tu me ramènes un poisson ? C’est une blague ? Si tu continues, je retourne chez Dieu, mon père.
L’abolition de cette tradition bien ancrée dans notre culture ne manquera pas de soulever
des protestations, aussi bien de la part des politiques que des simples citoyens, voire des spécialistes, car tous les experts, psychologues et ethnologues ont confirmé l’importance des racines
culturelles pour la cohésion d’une nation, surtout en ces temps de crise financière et morale.
Aussi le président Sarkozy, soucieux de tenir compte de ces réticences légitimes, mais toujours ferme dans
sa volonté de réformer la France, a-t-il décidé que toutes les blagues seraient interdites le premier avril, mais autorisées le lendemain, qui tombe en général un deux avril.
De plus, dès 2012, tous les poissons d’avril devront faire l’objet d’une signalétique particulière, rédigée
dans les trois langues de travail de l’Union européenne.
Dans les journaux, une page leur sera réservée, qui portera la mention « Toutes les nouvelles de cette
page sont fausses, en raison d’un poisson d’avril d’une certaine catégorie de notre personnel », en gros caractères (pour les malvoyants), assortie d’un logo en forme de poisson stylisé
(pour les illettrés, car le gouvernement veille à ne laisser personne sur le bord du chemin de la culture).
De la même façon, les informations télévisées feront précéder leurs poissons d’avril d’une annonce
claire : « Nous allons maintenant vous présenter le poisson d’avril 2012, attention, certaines images sont crues ».
Le président s’est fermement opposé à un conseiller de l’Elysée qui suggérait une taxe dite « taxe sur
les grosses blagues », pour les médias qui choisiraient de faire de grosses farces, tandis que les petits poissons donneraient droit à une déduction fiscale écologique égale au poids du
plancton théorique non consommé. Ce conseiller a été muté outre-mer, pour se consacrer, selon la version officielle, à son loisir préféré : la plongée sous-marine.
Comme l’a rappelé le président dans son style imagé : « Je n’ai pas été élu pour augmenter les
impôts, même ceux des poissons. »
Il sera simplement institué une taxe d’un euro symbolique sur chaque poisson d’avril, car il s’agit,
rappelons-le, de sauver des vies. Les Français déjà détenteurs d’un permis de pêche ou de chasse en seront exemptés.
Souhaitons donc longue vie aux poissons du deux avril !