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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 16:00

 

 

 

 

                              Premier article d'une série de six ou sept articles sur la pêche de la morue à Terre-Neuve.                            

 

 

 

                              C’est une industrie de laquelle on peut dire, sans craindre d’être taxé d’exagération, qu’elle est aussi vieille que le monde !

 

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                              En effet, aussitôt que le premier être humain eût fait son apparition sur notre planète, et bien avant qu’il songeât à se vêtir, il ressentit les atteintes de la faim, et sa première préoccupation a été sans nul doute celle de se procurer la nourriture qui lui est nécessaire pour conserver son existence. Or, bien que l’homme puisse s’accommoder en certaines régions des ressources que lui offre le règne végétal, il est impossible de nier que son organisation comme ses goûts en font un être essentiellement carnivore. Son premier acte a donc été nécessairement une déclaration de guerre à tous les êtres du règne animal susceptibles de lui servir d’aliments et qu’il a pourchassés partout où il les a rencontrés, sur terre, dans les airs, comme au sein des eaux douces ou salées qui couvrent plus des trois quarts de son domaine.

 

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                              Par la suite, si les historiens ont pu chercher à attribuer  l’invention de l’agriculture et des autres industries primitives à tel ou tel autre peuple en particulier, on est obligé de reconnaître que la pêche comme la chasse sont contemporaines de l’arrivée de l’homme sur terre. L’homme a toujours chassé et il a toujours pêché comme il a toujours mangé ; mais la pêche comme la chasse se sont profondément modifiées avec le temps comme avec les besoins des individus ; au fur et à mesure que la société s’est formée, que les familles sont devenues des peuples et que le commerce s’est développé. Le poisson est devenu un objet d’échange comme le froment et le riz, une véritable marchandise qu’on a trafiquée de pays à pays, et la pêche qu’on en fît pour se le procurer se transforma progressivement en une industrie de premier ordre.

 

                              L’habitant des côtes n’a plus pêché seulement pour se nourrir avec sa famille, comme il se contentait de le faire primitivement : il s’est constitué insensiblement le pourvoyeur de ceux qui vivent à l’intérieur des terres : puis, comme certains poissons ne se montrent qu’à des époques déterminées, où on les trouve alors en grande abondance, pour disparaître ensuite pendant de longs mois, il a cherché les moyens de conserver, pour les jours de disette, les produits qu’il trouvait en excès dans les jours d’abondance.
                              La préparation du poisson pour sa conservation devint donc le corollaire obligé de la pêche. Une autre conséquence, et non la moins importante, avait été la création de la navigation, comme elle en est toujours restée la branche principale.
                              Il est hors de contexte en effet, que c’est pour poursuivre la proie convoitée, quelque gros poisson qu’il voyait lui échapper, que le premier marinier osa quitter le rivage où il était impuissant pour se risquer sur un tronc d’arbre ou tout autre objet flottant qui le rapprochait de son gibier. Ce fut là évidemment le premier bateau monté par le premier navigateur.
                              Malgré tout l’intérêt que pourrait présenter l’étude d’une pareille question, nous avons la ferme conviction qu’il serait matériellement impossible d’établir d’une manière même approximative l’époque, le lieu et le peuple auxquels nous devons rapporter l’élévation de la pratique de la pêche au rang d’industrie telle que nous venons de l’exposer et qui nécessita dès lors des associations de bras et des réunions de capitaux. Il y a lieu de croire au contraire que la transformation s’est faite lentement et progressivement comme toutes les modifications apportées aux anciennes pratiques populaires.
                              Le champ d’exploration qui s’offre à nos recherches dans la matière  est aussi vaste que le domaine des pêcheurs est immense et que les espèces exploitées sont nombreuses et variées. Le terme général de pêche comprend en effet toute opération qui a pour but de capturer les animaux qui vivent habituellement dans l’eau sans appartenir pour cela à la classe des poissons. Tels sont, par exemple, dans l’ordre des cétacés, les baleines, cachalots, marsouins, etc., puis les phoques et les morses qui, comme les précédents, appartiennent aux mammifères. Les tortues et les grenouilles ont aussi reçu les honneurs de la pêche, ainsi que les crustacées comme le homard et un grand nombre de mollusques dont les principaux représentants sont les huîtres et les moules pour aller jusqu’au corail qui tient presque autant du minéral que de l’animal. Si l’on y joint les variétés innombrables des poissons proprement dits, on comprend qu’il faudrait des volumes pour décrire les transformations successives apportées aux différents modes de les prendre et de les préparer pour les livrer à la consommation. Notre ambition ne va pas aussi loin et nous nous proposons uniquement de tracer ici uns esquisse à grands traits de l’histoire de la pêche de la morue à Terre-Neuve où nos nationaux la pratiquaient sans interruption depuis plus de cinq siècles et où Fécamp maintenant vaillamment notre vieille réputation normande en face de la concurrence étrangère.

 

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                              Si la France n’était pas le premier pays du monde où l’on ait élevé la pêche de la morue à l’état d’industrie nationale, elle a su, en tout cas s’élever au premier rang des nations maritimes qui s’y sont livrées, et, malgré toutes ses tempêtes politiques, malgré les sombres jours de deuil qu’elle a traversés, les désastres qu’elle a essuyés, et qui, à plusieurs reprises, ont ruiné de fond en comble et sa marine nationale et les immenses empires coloniaux qu’elle avait fondés, cette industrie déjà florissante, il y a quatre ou cinq siècles, s’est perpétuée à travers les âges et est restée aussi vivace qu’au premier jour.
                             C’est précisément cette extraordinaire vitalité que rien n’avait encore pu atteindre jusqu’à ce jour, qui exaspère et met en rage tous nos concurrents étrangers et surtout les Anglais ; c’est elle qui a amené la question du French-Shore, car ils savaient que le maintien de nos droits de pêche sur les côtes de la colonie qu’ils nous ont enlevée en 1713, était la condition sine qua non de l’existence de notre industrie morutière.

 

 

 

 


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